Réunion du Groupe Parlementaire de la Banque Mondiale
au RWANDA
du 29 janvier au 2 février 2006
Le Réseau Parlementaire de la Banque Mondiale a été mis en place afin de lui donner des avis sur la politique qu’elle suit et sur les projets qu’elle mène dans les pays en développement.

Du 29 janvier au 2 février, quinze parlementaires de 14 pays ont sillonné le Rwanda, accompagnés par le Président de la Banque Mondiale et son équipe, renforcée d’éléments du siège et du bureau de Paris. Ils ont été reçus par les Présidents du Sénat et de la Chambre des Députés ainsi que par le Premier Ministre et le Ministre des Finances.

Ils ont eu une audience auprès de la Première Dame personnellement engagée dans les programmes de lutte contre le VIH/Sida.
Le groupe parlementaire de la Banque Mondiale :

M. Victor Perton député, Australie
M. Alain Destexhe sénateur, Belgique
Mme Inga Verhaert député, Belgique
Mme Fatoumata Dienderé député, Burkina Fasso
Mme Saumura Tioulong député, Cambodge
M. Peter Stollery, sénateur, Canada
M. Jaromir Stetina député, République Tchèque
M. Michel Guerry sénateur, France
Mme Julia Ojiambo député, Kenya
M. Abdul Rachid Shaheen, député, Inde
M. Michael Woods député, Irlande
Mme Nancy Kemp-Arendt député, Luxembourg
Mme Lydia Madero-Garcia, sénateur, Mexico
M. Martin Gallagher député, Nouvelle Zélande
M. Mohamed Bazoum député, Niger.
Pays enclavé d’une superficie équivalente à trois départements français, le Rwanda comprend un peu moins de 9 millions d’habitants. C’est « le pays des mille collines ».

La population est composée de trois ethnies, les hutus représentant 84%, les tutsis, 15% et les twa (pygmées), 1%. Le Rwanda est encore un pays très francophone.

Il se remet difficilement du génocide de 1994 où un million de civils furent massacrés en moins de trois mois.

Pour comprendre la situation actuelle, très difficile, du Rwanda, il est nécessaire de rappeler quelques points de son histoire récente.

En 1959, soit 3 ans avant que la Belgique accorde l’indépendance au Rwanda, les Hutus, majoritaires, déposèrent le roi tutsi. Il en résulta des massacres de milliers de tutsis et l’exil de 150 000 autres dans les pays voisins.

Les enfants de ces derniers commencèrent en 1990 une guerre civile. L’assassinat des Présidents rwandais Habyarimara et burundais Ntaryamina, le 6 avril 1994 dans l’attentat sur l’avion les transportant donna le prétexte d’un tragique génocide. Près de un million de tutsis et de hutus modérés furent massacrés.
 
Finalement, les rebelles tutsis renversèrent le régime hutu et mirent fin aux massacres.
 
Il y aurait encore 30 000 « génocidaires » dans la région des grands lacs, au Nord Kivu, qui sont incapables de vivre autrement que comme soldats de fortune, vivant d’exaction.
Après de tels drames, la reconstruction du pays nécessitait de gros efforts. La Banque Mondiale, mais aussi d’autres donneurs dont la Belgique et la France, s’impliquèrent financièrement afin d’aider le Rwanda.

Activité du Groupe de parlementaires de la Banque Mondiale.

Différentes réunions de présentation des efforts de la Banque Mondiale eurent lieu tant dans l’enceinte du Sénat rwandais qu’à la Chambre des députes, mais surtout visites et rencontres devaient se succéder.

Au cours des rencontres avec les présidents de commission et des parlementaires rwandais et  avec le ministre des finances et du plan, la responsable économiste de la Banque Mondiale (Agnès Soucat) fit une présentation des programmes et des résultats obtenus.

Un rapport final, constat des travaux du groupe, devrait paraître incessamment pour faire le point sur ces travaux.

La délégation a eu une impression générale positive du développement du Rwanda, de l’engagement des autorités, tout en ne se dissimulant pas l’importance des contraintes structurelles, la principale d’entre elles étant à terme le problème démographique.

On ne peut s’empêcher d’avoir toutefois l’impression que la situation du pays semble être revenue quarante ans en arrière. 400 000 enfants ne vont pas à l’école, 100 000 vivent sans famille.

60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (moins d’un dollar par jour). 30% des chefs de familles sont des femmes.

Un taux de croissance démographique de 3%, conduit à un doublement de la population en 30 ans si rien n’est fait pour le contrôle des naissances.

Réunion avec le ministre des finances et les principaux donateurs.

Le budget du Rwanda est de 500M$, la moitié vient de la Banque Mondiale et des donateurs.
Visite du Mémorial du Génocide
On rappelle qu’un million de rwandais ont été massacrés en 100 jours. Le recueil des corps continue. Au fur et à mesure, les restes sont enterrés dans l’enceinte du Mémorial.
  • Visite d’un Centre de Réhabilitation des enfants soldats

Ce Centre est à Muhazi, à environ 100km de Kigali. Cette rencontre avec des enfants soldats (une centaine environ), a été sans doute, avec celle du mémorial du génocide, la plus éprouvante pour la délégation. Des regards fixes, aucun sourire, laissent imaginer les efforts à faire pour que ces enfants puissent retrouver place dans une vie plus normale.

  • Visite d’une école rurale ( Saint Aloys).
Elle montre la difficulté de recruter des professeurs (qui peuvent suivre un programme de formation à distance). Les classes du secondaire sont chargées (50 élèves). 1136 élèves dont 536 filles et 37 professeurs.

La maternelle et le primaire ont 885 enfants et 11 professeurs. Classes de 60 enfants par demi journées.
  • Visite du Centre de soins à Kacyiru.

     Centre créé sous l’impulsion de Mme Kagamé (et contrôlé par la police) pour traiter les pauvres du quartier et les malades du sida.
  • Visite d’un Centre d’aide aux malades du Sida et aux pauvres.
 Centre créé à l’initiative du maire adjoint de Kanombe pour venir en aide aux prostituées nombreuses dans cette partie de la ville. Trois cent cinquante femmes ont trouvé ainsi des moyens de subsistance: culture, élevage, ramassage et tri des ordures ménagères etc... et une nouvelle vie.
  • Réunion avec des ONG féminines.
Ces femmes sont très engagées dans la lutte contre la pauvreté, mais surtout dans la lutte contre le sida.

Les chiffres donnés par la Banque Mondiale sont de 3% de prévalence pour le VIH/SIDA (3,6% pour les femmes, 2,3% pour les hommes ; le sida a été utilisé comme une arme pendant le génocide), ce chiffre de 3% est plutôt en retrait par rapport à ce qui est par ailleurs annoncé. Environ 18 000 personnes suivent un traitement ARV qui devra les accompagner toute leur existence. Il est estimé que le même nombre ne reçoit aucun traitement.
  • Visite d’une ferme de culture de roses.
 Dirigée par une femme, 200 employés dont 80% des femmes qui gagnent 1$ par jour, une petite fortune relative.
  • Rencontre avec Mme Kagame, épouse du Président.
Entretien privé au cours duquel Mme Kagamé fit part au sénateur de faire en sorte « que le gouvernement français change d’attitude à l’égard du Rwanda », ce qui a permis au sénateur de réaffirmer courtoisement la ligne officielle d’ouverture et de rapprochement du gouvernement français.

En effet, l’opération Turquoise d’une durée de deux mois, montée par la France en 1994, conformément au mandat que lui avait donné le Conseil de Sécurité de l’ONU, n’a pas été en mesure d’arrêter les tueries. La gestion de cette opération est un sujet de contentieux entre nos deux pays.

Cependant, les rwandais semblent vouloir rétablir des relations plus suivies et amicales avec nous. Notre ambassadeur fait un travail important dans ce sens.

Le Président du Sénat rwandais, H.E. Dr Vincent Biruta  souhaite très vivement que nos deux Institutions se rencontrent et a demandé au sénateur Michel Guerry d’intervenir auprès du Président Christian Poncelet.

Mission sénatoriale

En marge de cette mission et dans le cadre de ses fonctions de sénateur des Français établis hors de France, Michel Guerry , qu’accompagnait l’ambassadeur de France à Kigali, Monsieur Dominique DECERF, a rencontré les Français établis au Rwanda.

Visite du Lycée français Antoine de Saint-Exupéry

            M. Jean Rushayigi directeur, Paul Masterjerb président du Conseil de gestion.
Le lycée qui dépendait de l’AEFE avant le génocide a été réquisitionné en 1994 pour y loger des victimes du génocide.

Avec l’aide de l’ambassade, les parents ont fait redémarrer ce lycée. Il comporte trois cents élèves aujourd’hui, de la maternelle à la terminale, mais seulement 15 enfants français. ( à l’école belge, comptant le même effectif, il y a 10 enfants français). L’enseignement dans les grandes classes (lycée) est fait à travers le CNED.

Aucune classe n’est homologuée ce qui n’incite pas les Français à venir s’installer au Rwanda.

Coût de la scolarité entre 600 et 800 $ / an. Il y a six boursiers.

Réception des Français à la Résidence, à l’invitation de M. Dominique Decherf, ambassadeur.

Il y avait environ mille Français au Rwanda avant le génocide, 250 restent aujourd’hui.

l’attitude de la France au cours de la période 1990 (et après) a été très critiquée. Le travail de notre ambassadeur a permis un rapprochement et une nette amélioration des relations.
 
Il reste à espérer que le souhait du Président du Sénat rwandais demandant à ce que se réalisent des échanges entre les deux Assemblées puisse se faire et favorise ces rapprochements.